Qui a tué le Rhône ?


Le Rhône est le plus puissant des fleuves français, il est aussi le plus pollué. Il compte 9 affluents dans l’Hexagone : l’Arve, le Fier, l’Ain, la Saône, l’Isère, la Drôme, l’Ardèche, la Durance et le Gard.C’est en Suisse, dans le massif du Saint-Gothard, qu’il prend sa source. Alimenté par un glacier à 1 753 m d’altitude, il s’écoule vers la vallée helvète, traverse le lac Léman d’où il débarque en France, avant de se jeter par un delta dans la Méditerranée.

Tout débute en 2005, lorsqu’un pêcheur professionnel fait analyser ses prises issues du Rhône. À sa grande surprise, les résultats obtenus présentent un taux de PCB 40 fois plus élevé que la norme. Les pouvoirs publics prennent alors la mesure d’interdire la consommation des poissons péchés dans le fleuve. Depuis, l’épidémie s’est propagée et la majorité des cours d’eau français est contaminée. Les PolyChloroBiphényles, plus connus sous le nom de PCB, se présentent sous forme de liquides plus ou moins visqueux, chimiquement proches des dioxines.

Ils sont incolores, insolubles dans l’eau et ne se décomposent qu’à des températures dépassant 1000 C°. Interdits depuis 1987, ils étaient principalement utilisés comme isolant électrique dans les transformateurs, mais également les peintures, adhésifs et huiles minérales.La pollution aux PCB est invisible : pas de boue noirâtre, pas de décoloration des eaux, pas de poisson mort. Les PCB sont des substances très peu biodégradables, ils s’accumulent dans la chaîne alimentaire. On les retrouve ainsi dans tout l’environnement : air, sol, eau, sédiments, mais aussi, après transfert, dans les plantes, les animaux et chez les hommes. Considérés comme cancérigènes, ils entrainent des dommages du foie, jouent sur la croissance et la reproduction.

Mais d’où viennent ces produits chimiques qui polluent les cours d’eau ? Quelles sont les conséquences de cette pollution ? Qui est responsable ?

On estime qu’environ 1200 millions de tonnes de PCB ont été produites dans le monde, et qu’environ 400 millions de tonnes se trouvent dispersées dans l’environnement. Les friches industrielles et les décharges sauvages sont des lieux à haut risque pour les nappes phréatiques.

La société Trédi, qui depuis 1985 décontamine les appareils électriques souillés aux PCB, a été la première mise en cause dans cette pollution. Mais des traces de PCB ont été décelées en amont du site. L’usine ne peut pas être la seule responsable de la catastrophe.

Le couloir de la chimie, au sud de Lyon, est une zone qui comporte une grande concentration d’industries chimiques. En dehors de certaines pollutions accidentelles, l’industrie est responsable
d’une pollution chronique autorisée par les autorités.

Les sources de pollutions sont donc multiples et peu connues.

Le pari de ce travail photographique est de faire apparaître en filigrane la dangerosité et l’empoisonnement à travers les images. Une sensation, un climat, une porosité visuelle… Un travail à la chambre effectué dans la lenteur, qui tient entier dans le cadre et la lumière…


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